Cessation d´activité : Les généralistes confrontés à un « sentiment de perte du métier »
jeudi 21 août 2008 par GOURNAY Sylvain
Lorsqu´un médecin généraliste dévisse sa plaque et cesse son activité libérale – pour se tourner vers le salariat, pour commencer une toute autre activité ou pour sa retraite, anticipée ou non - le processus de décision, qui mêle des motivations personnelles et professionnelles, est en rapport avec l´âge du praticien, ses conditions d´exercice et son profil psychologique. Bien qu´ils soient étroitement imbriqués les uns dans les autres, la Direction de la recherche, des études, de l´évaluation et des statistiques (Drees) a néanmoins cherché à identifier certains de ces facteurs objectifs et subjectifs. Dans une étude sociologique et anthropologique sur les comportements de cessation d´activité libérale des médecins généralistes, la Drees met en évidence quatre facteurs déterminants. En premier lieu, c´est « le sentiment de perte du métier » qui apparaît comme essentiel. Le « décalage progressif entre la vision du métier et les conditions réelles d´exercice » est ainsi cité par beaucoup de médecins interrogés. « Ils soulignent notamment la dépendance entre le volume d´activité à assurer et le niveau de revenu, la délicate maîtrise de la charge de travail sur certains territoires (…) et la difficulté de cumuler une retraite et un faible volume d´activité », indiquent les auteurs de l´étude qui vient d´être publiée.
L´attrait d´une seconde carrière plus en accord avec les aspirations des médecins en matière de qualité de la prise en charge (en s´insérant dans une équipe de professionnels) ou plus sécurisante financièrement et professionnellement, dans le cadre du salariat, apparaît comme un deuxième facteur de motivation majeur. Le changement de mode d´exercice est aussi souvent motivé par une volonté de rééquilibrage entre vie professionnelle et vie personnelle, des événements personnels ou familiaux pouvant servir d´éléments déclencheurs.
Autre facteur explicatif : un rapport dégradé à l´environnement institutionnel (accusé de correspondre à une vision purement budgétaire), un sentiment de perte du rôle social et une absence de reconnaissance préjudiciable. Pour les médecins porteurs d´un fort désir d´utilité sociale, « le renoncement semble impossible », remarque d´ailleurs la Drees.
La question financière n´apparaît pas en premier plan. « Tout au long de leur carrière, les préoccupations principales mises en avant par les praticiens sont la recherche d´un exercice professionnel compatible avec une certaine qualité de vie et la reconnaissance de leur rôle social ou de l´intensité de leur engagement professionnel », notent les sociologues, qui soulignent néanmoins « le caractère symbolique de la rémunération, perçue comme le reflet de la reconnaissance de l´utilité du médecin et de sa place dans la société ». Tout au long de leur étude, ils relèvent globalement « une tendance générale à travailler à un rythme trop soutenu, toutes générations confondues » et un « idéal de « savoir faire face en solitaire » fortement imprégné dans la conscience médicale.
Pour prévenir les cessations d´activité comme « stratégies défensives », la Drees avance plusieurs solutions. Parmi les leviers d´action envisageables, elle suggère de créer de nouvelles formes d´exercice (sur le modèle statut de collaborateur libéral) et d´innover en matière de passerelles entre les modes d´exercice. Elle propose des « aménagements » au principe du paiement à l´acte en fin de carrière, en inventant des rétributions complémentaires, sur la base de contreparties. Autres suggestions : une meilleure prise en compte des éléments relatifs à la formation professionnelle et à l´évaluation des pratiques professionnelles dans l´appréciation de la carrière et la possibilité donnée aux médecins de s´engager dans des activités salariées temporaires. L´enquête, qui met en valeur la crise actuelle chez les médecins généralistes, invite enfin à « réfléchir sur l´enjeu de la transmission », de façon à trouver un successeur de confiance et à ne pas « abandonner » ses patients.
Egora.fr - GDL
