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L’enfant décédée : le médecin de garde jugé
L’enfant décédée : le médecin de garde jugé
30 mai 2006

Ce fait divers est instructif à plusieurs titres : La sous-estimation faite par les médecins de leur propre surmenage et la quasi-impunité que s’accorde le SAMU dans ce type d’affaire, le médecin généraliste servant de fusible à un système déficient.

C’est aussi pour éviter une telle mésaventure à l’un d’entre nous que l’association SAMBA est née et a porté le projet de la Maison médicale de Garde de Boulogne sur Mer.


L’enfant décédée : le médecin de garde jugé

Endormi, le docteur de garde n’avait pas entendu l’appel du père d’une fillette souffrant de méningite. 18 mois de prison avec sursis ont été requis.

GUINGAMP. - Le 11 novembre 2002, une femme médecin de Cavan (Côtes-d’Armor), âgée de 38 ans, rentre chez elle après une intervention difficile chez un patient. Il est 1 h 30, elle est de garde pour le week-end. Épuisée, elle vide ses poches dans sa cuisine, y oublie son téléphone portable vers lequel elle a renvoyé son fixe et monte se coucher.

Vers 1 h 50, le père d’une fillette de 11 ans appelle le Samu pour connaître le nom du médecin de garde : sa fille a de la fièvre, elle souffre de maux de tête et son état s’est aggravé. À dix reprises, le père de famille et le Samu tentent de contacter le médecin. En vain. Vers 4 h 30, l’enfant est admise aux urgences de Lannion : une méningite à méningocoques foudroyante est diagnostiquée. À 7 h, la malade est transférée à Saint-Brieuc. Malgré des soins intensifs, elle y décède dans la journée.

Poursuivi pour homicide involontaire, le médecin comparaissait, hier, devant le tribunal correctionnel de Guingamp. Digne, la prévenue, aujourd’hui médecin dans un dispensaire à Mayotte, s’est défendue sans avocat. « Je vis seule, j’étais fatiguée, j’ai dormi. Je n’ai pas entendu mon téléphone, je ne l’ai pas fait exprès. Après une semaine de travail avec des journées de douze heures, j’ai pris ma garde le samedi. Dans ces conditions, parfois, on s’endort. Je pense que, seule, on ne peut pas assumer ce travail. Je l’ai d’ailleurs quitté depuis. »

« Privée d’une chance de survie »

Si la femme reconnaît sa faute professionnelle, elle affirme que « le 15 n’a sans doute pas bien orienté » le père : « Je ne suis pas urgentiste, je n’avais ni le matériel ni les médicaments nécessaires. Je n’aurais sans doute rien pu faire. Les médecins m’ont dit qu’à 2 h, c’était déjà trop tard. » Le rapport d’expertise indique que l’intervention du médecin aurait permis de gagner quelques heures de soins. Mais, « vu la fulgurance de la pathologie », il n’est pas sûr que l’enfant aurait pu être sauvée.

« Nous ne saurons jamais si elle avait une chance de survivre, nous savons seulement qu’elle en a été privée. L’infraction d’homicide involontaire est établie », a tranché le procureur qui a requis 18 mois de prison avec sursis.

La prévenue rappelle que « le Samu a été contacté quatre fois. Aucune plainte n’a été portée contre lui. Les bandes sonores ont été détruites ». On ne saura jamais ce qu’a dit le père et ce qu’on lui a répondu. Le jugement sera rendu le 19 juillet. L’avocat de la partie civile a demandé 20 000 € de dommages et intérêts pour chacun des parents.

Cécile LASCÈVE.



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